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  • : Le blog de Martine Frappin
  • : Martine Frappin est candidate ps aux élections de 2008, pour le canton de Montauban-de-Bretagne. Femme de gauche avant tout, elle est particulièrement engagée dans les questions de l'environnement et du développement durable.
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                                                                                                                      Martine F.

9 décembre 2010 4 09 /12 /décembre /2010 20:55

A Lisbonne, le téléphone sonne souvent vers une heure du matin. Rien de grave. Juste une bande d’amis de très bonne humeur qui sort et vous propose d’en faire autant. C’est dans l’ordre des choses. Le dicton est formel : “Braga prie, Coimbra étudie, Porto travaille et Lisbonne s’amuse.” Lisbonne la blanche, celle que Saint-Exupéry voyait comme un “paradis clair et triste”, est bel et bien devenu un spot incontournable de la fête européenne. “Nous prenons le temps de l’apéritif, du dîner, et des sorties jusqu’à l’aube”, s’enthousiasme Paula Nascimento, savoureuse Lisboète d’origine cap-verdienne. Ses virées de nuit sont à peine moins nombreuses que ses jours de bureau. Ses nuits d’autant plus belles qu’elle prend de la hauteur. “Lisbonne est une ville construite sur sept collines, dit-elle, il serait dommage de boire un verre sans contempler la vue.” Nombreuses ici sont les terrasses qui offrent le panorama idéal pour se percher entre amis. Les noctambules crapahutent surtout vers le Bairro Alto – quartier haut, en portugais –, l’équivalent du secteur Oberkampf à Paris dans une version plus ouverte et moins authentoc, prisée par nombre de jeunes, artistes, et par la communauté gay.

Le Bairro bouillonne ainsi depuis les années 1980. Très calme le jour, pas du tout la nuit. La rua Atalaia et la rua da Rosa en sont les deux axes principaux : en parcourant l’une et l’autre de bout en bout, on croise toutes les autres rues où la noïte se réinvente chaque soir. Du jeudi au samedi, le quartier est animé toute l’année en soirée à moins qu’il ne pleuve ou que le thermomètre ne descende sous le seuil rarissime des sept degrés. Bars minimalistes largement ouverts sur la rue, minuscules boîtes, grands verres, petits concerts. Les gens discutent sur les trottoirs. Dans les ruelles pavées, adossées à des murs écaillés aux couleurs pastel, le Bairro fourmille de cigales, parfois pliées de rire. Immense cour de récréation aux angles innombrables. Graffitis pour tous. Tags arty sur les murs du Norvégien Dolk ou du Français Jef Aerosol. Pendant que se consume le mojito (4 €) ou la caïpirinha (idem). Le Bairro, village voué à la nuit, rappelle à la nécessité de vivre que la vie est courte et qu’il est urgent d’en profiter…

A un petit kilomètre au sud-ouest, face au fleuve duquel Vasco de Gamma partit barouder en Inde, le décor change radicalement sous le pont du 25-Avril. Une autre bulle apparaît, celle du dock de Santo Amaro, zone portuaire coupée de la ville et peuplée d’entrepôts reconvertis en zone de divertissement. Au bord du Tage : restaurants, cafés, pubs, boîtes sur trois étages, grandes scènes à ciel ouvert. “Les concerts sur l’esplanade sont généralement payants, mais il suffit d’être de l’autre côté de la barrière pour les voir gratuitement”, confie un petit malin. L’ambiance diffère beaucoup de celle du Bairro. Parfum de business. Dans une version plus hype, à quelques encablures, on entre dans les dépôts du LX Factory : récemment restaurés, il est possible d’y manger, d’y faire du shopping, et boire de manière plus discrète. On y trouve aussi une salle de concert et une agence de mannequins. Des filles attendent pour passer un casting. Les nationalités se dissolvent. La société sans classes apparaît ici comme une utopie douce. Il fait beau sur Lisbonne. Les températures oscillent, en moyenne, toute l’année entre 8 °C (en janvier) et 30 °C (en août).
Au LX Factory, quelques ateliers de créateurs proposent vêtements, déco, design et une librairie alternative des ouvrages publiés en plusieurs langues. On y découvre aussi deux CD intéressants : Nocturno du pianiste portugais Bernado Sassetti et Por Morrer Uma Andorinha de Carlos do Carmo, un des papes du fado, musique nostalgique sur guitare à douze cordes.

Sort-on à Lisbonne pour aller écouter du fado ? Peu. “Le fado est une musique incontournable pour nos parents, explique Paula, mais la nouvelle génération s’intéresse davantage aux musiques émergentes et notamment aux artistes africains, originaires des anciennes colonies qui jouent de plus en plus sur les scènes de Lisbonne, notamment dans les concerts de world music. Comme ils sont d’excellents musiciens avec une incroyable énergie, de fait, ils font reculer le racisme.” Deux jeunes chanteuses de fado touchent néanmoins toutes les générations : Mariza, originaire du Mozambique, dont la renommée est devenue internationale ainsi que Carminho qui a démarré une carrière étonnante sur MySpace. Mais c’est à la Casa da Morna que nous atterrissons, élégant restaurant du chanteur cap-verdien Tito Paris. Ancien complice de Cesaria Evora, ce musicien est arrivé à Lisbonne dans les années 1980 avant de cartonner en bonne et due forme. A la Casa da Morna, l’ambiance est douce, tamisée. Le vin est bon, le piano aussi. Tito Paris arrive pour s’y installer, son jeune fils à ses côtés. Il improvise quelques somptueux morceaux de la reine Cesaria. On voyage souvent au cœur même de Lisbonne. Une exposition rappelle d’ailleurs que le Portugal est un pays de grands voyageurs : “Encompassing the Globe” au musée des Arts anciens (jusqu’au 11 octobre). Elle retrace l’exploration du monde au XVIe et XVIIe siècles par le Portugal au Brésil, en Afrique ou en Inde.  On y voit un astrolabe, objet de navigation découvert par les Portugais qui, avec la boussole, a permis de naviguer pour la première fois dos à la terre. Et donc de découvrir l’Afri­que, de passer le cap de Bonne-Espérance et d’arriver en Inde. Sur les cartes de l’époque présentées dans l’exposition, on se régale de voir une grande partie vierge… à l’Est du monde. “Nous avons toujours été un petit pays mais nous avons voulu savoir ce qui se passait au-delà de la mer, observe Paula Sapinho, une jeune interprète. Au XVIe siècle, le Portugal était un peu comme la Nasa. Partir au Brésil ou en Inde, c’était comme aller aujourd’hui sur la Lune.”

Lisbonne est l’une des plus vieilles villes d’Europe, capitale du Portugal depuis 1255. Le monastère de Jeronimos, dans le quartier de Belem, est un bijou concocté sous le roi Manuel Ier, par ailleurs fondu de combats de buffles qui se déroulaient dans le monastère (et qui continuent aujourd’hui).
En sortant de la tour, il serait regrettable de snober la pâtisserie Pasteis de Belem, honorable maison qui dispose d’une grande salle où l’on peut déguster des petits flans de génie, à saupoudrer de sucre glace et de cannelle. Leur recette serait jalousement gardée dans deux coffres-forts. Digérer. Puis marcher dans la ville. Une ville blanche, ocre, jaune, rose ou bleue. Lever le nez en l’air. Regarder le Tage, ce fleuve que les Lisboètes appellent “mer de paille” et qui donne à la ville une ampleur océane. Marcher. Se délecter de cette ville baroque, renaissante, lumineuse, un brin déglinguée. Lisbonne est “une sorte de ville en creux où toute absence peut prendre corps”, écrivait Eduardo Lourenço. Marcher encore. Voir le temps passer sur la ville de manière tout à fait tangible : les bâtiments anciens, les fêlures sur des masures Le regard, à Lisbonne, peut se porter partout dans le monde. Outre que l’on vient du Cap-Vert, du Brésil, d’Afrique noire, de Roumanie, de Russie, d’Inde pour habiter cette petite capitale, la ville imprime l’histoire de tous ses voyageurs. Et  comme l’écrivait Fernando Pessoa, Lisboète : “Je ne suis rien, et je porte en moi tous les rêves du monde.” Benoit Helme Article paru dans l'édition du magazine Ulysse de septembre - octobre 2009

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Published by Martine Frappin - dans Portugal Lisbonne
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