Martine Frappin est candidate ps aux élections de 2008, pour le canton de Montauban-de-Bretagne. Femme de gauche avant tout, elle est particulièrement engagée dans les questions de l'environnement et du développement durable.
Les JO pompent l’eau de la Chine
2008, l’année de tous les défis pour Pékin, démarre sur une sécheresse alarmante, pour la neuvième année consécutive : «Les précipitations ont diminué de 70 % cet hiver», ont annoncé les autorités : 11,1 millions d’hectares de terres cultivables seraient déjà affectés dans le nord du pays, 2,5 millions de personnes souffriraient d’une pénurie d’eau potable
et le niveau des nappes phréatiques aurait baissé de 50 cm à Pékin et à Tianjin, la mégapole voisine. Des annonces alarmantes, alors que certains experts non officiels pronostiquent une augmentation de 30 % des besoins en eau de la capitale pendant les Jeux olympiques. Le bureau de l’Eau de Pékin et celui de la Propagande démentent, assurant prendre «toutes les mesures pour économiser l’eau». Zhang Shouquan, chef du bureau de l’Eau, rassure les visiteurs et les athlètes. Ils auront tout ce qu’il faut en août, «des robinets, des piscines et des lacs». Et de l’eau potable de bonne qualité. Le site aquatique de Shunyi, au nord de la capitale, n’est-il pas déjà un succès ? Sur ce lac de 63 hectares, auront lieu les épreuves d’aviron et de canoë-kayak. Il y a quelques années, c’était encore le lit d’une rivière asséchée. Son remplissage reste un mystère.
Les annonces sur la sécheresse justifient le pompage des provinces environnantes pour alimenter la capitale. Car les grandes manœuvres concernant l’eau s’intensifient à l’approche des JO. La presse d’Etat vient d’annoncer un nouveau détournement du Fleuve Jaune vers Pékin, «dans le cadre du programme d’alimentation de la capitale en vue des Jeux olympiques». Une dérivation de 156 millions de mètres cubes vers le lac réservoir de Baiyangdian, à 70 kilomètres de Pékin, a débuté la semaine dernière et durera vingt jours. L’équivalent de deux semaines de consommation de la capitale, dont la population (18 millions) a quadruplé depuis les années 60. C’est la deuxième fois de l’année que Pékin ordonnerait d’ouvrir les vannes.
En janvier, un volume équivalent a déjà été détourné le long d’un canal de 400 km. Des dizaines de milliers de paysans qui vivent alentour paient leur tribut à la gloire nationale.
Et sans protester, sous peine d’être accusés d’antipatriotisme. L’an dernier, certains riverains du Fleuve Jaune déjà très pollué ont été obligés d’abandonner leurs cultures traditionnelles, au profit d’espèces moins assoiffées. Ce ne sont pas les seuls.
Pékin assèche le pays tout entier. Une route de l’Est, entre la côte du Shandong et la capitale, est en chantier le long de l’ancien Grand Canal construit par les empereurs. Un nouveau canal partira bientôt d’un affluent du fleuve Bleu, le Yangzi, et drainera des millions de mètres cubes jusqu’à Pékin, siphonnant plusieurs autres cours d’eau au passage. Dans la province mitoyenne du Hebei, l’une des plus sèches du pays, des lacs ont été rayés de la carte et des dizaines de milliers de paysans déplacés, en raison d’un projet de dérivation semblable. Une première portion de 210 km, entre Shijiazhuang et Pékin, devrait être inaugurée à temps pour les JO. La lointaine province du Shaanxi, pompée elle aussi par la capitale, s’inquiète des restrictions obligatoires et demande des compensations : «Nous devons fermer nos usines pour préserver la qualité de l’eau de Pékin, mais nous avons besoin de vivre», a protesté An Qiyuan, un responsable local, interrogé par le Financial Times.
Pénuries. Des défenseurs de l’environnement, tel Dai Qing, s’indignent devant le détournement de l’eau potable des provinces pauvres, pour «assurer le luxe à Pékin». Selon eux, la crise de l’eau ne fait que commencer et de graves pénuries sont à prévoir en 2010. Les chiffres parlent d’eux-mêmes : la Chine possède 7 % des ressources en eau de la planète, pour le quart de sa population. Et celle-ci découvre à peine les chasses d’eau et les machines à laver.