Martine Frappin est candidate ps aux élections de 2008, pour le canton de Montauban-de-Bretagne. Femme de gauche avant tout, elle est particulièrement engagée dans les questions de l'environnement et du développement durable.
Les deux sont importantes et largement interdépendantes. La mise en place d'un programme mondial de biomasse résorberait nos problèmes d'eau en moins de deux générations (± 50 ans), avec des dépenses qui ne dépasseraient pas le dixième de celles de l'armement. Par la même occasion, la capacité d'absorption de CO2
des continents pourrait facilement atteindre, voire dépasser celle d'il y a un siècle. Grâce à l'augmentation considérable de la biomasse produite, celle-ci couvrirait facilement tous nos besoins en chaleur de basse température (chauffage des bâtiments, des serres, production d'eau chaude, etc.), sans aucune perte d'humus potentiel, et produire 10 à 20 fois moins de gaz à effet de serre (CO2) que la combustion de la biomasse.
Ces techniques sont connues et bien au point, mais les spécialistes ne veulent pas en entendre parler. Le projet que j'ai présenté en 2001 à la Communauté Européenne en collaboration avec une école d'agriculture, dont le sujet
était, entre autres, la valorisation énergétique de la biomasse, avec production réduite de CO2, n'a pas été retenu. Parallèlement, on finance à coup de millions des projets de destruction de la biomasse. En dépit de leur couleur « verte », ces techniques préparent des grandes catastrophes climatiques.
Par la suite, je me permets d'esquisser en grandes lignes un monde avec un développement soutenable, créé grâce à un vaste programme mondial de biomasse avec la régénération des écosystèmes dégradés. Ce monde est à
notre portée, dès à présent, à condition de prendre des décisions politiques correctes. Ce monde coûtera bien moins cher en termes monétaires que notre monde insoutenable.
Le projet mondial de biomasse, ne résoudrait pas seul le problème de réchauffement planétaire, mais nous épargnerait très probablement de l'accident climatique majeur dû à l'emballement de la montée de température. En réduisant le rejet de CO2 au niveau d'il y a 30 ans, et en augmentant la production de la biomasse, on aurait une chance d'arrêter la montée de la température et créer un nouvel équilibre. Avec un tel niveau de consommation de pétrole, il nous restera du temps pour mettre en place un monde durable, avec des techniques soutenables.
Au niveau de l'individu, il y aura évidemment quelques changements. Dans 50 ans, après l'aboutissement du programme de la biomasse, les 7 à 8 milliards d'humains mangeront à leur faim, mais avec un régime à prédominance végétarienne. La santé publique en sera aussi meilleure. La nouvelle agriculture résorbera le chômage, mais l'alimentation absorbera environ 30% des revenus des ménages.
L'aviation ne servira que d'une manière ponctuelle et exceptionnelle. On aura oublié ses applications militaires. Les voyages et les transports intercontinentaux seront assurés par bateaux mixtes (voiliers munis de moteurs, en partie solaires). Avec les techniques et les nouveaux matériaux actuels, on peut dès à présent, construire des voiliers énormes avec une voilure à commande automatique, régulé par informatique, par le régime des vents et le programme du trajet. Grâce aux prévisions météo par satellites, la sécurité en sera accrue.
La mobilité urbaine sera résolue par l'usage généralisé du vélo, des rollers et des planches à roulettes. Les transports en commun seront mieux développés et seront entièrement gratuits. On se rendra
à son travail en roller sur de larges pistes couvertes d'une verrière. Le système de roulement sera escamotable par un geste et les rollers deviendront une simple paire de chaussures. Il y aura un réseau serré de pistes cyclables de qualité à travers les continents fortement peuplés. Les voitures particulières appartiendront à un passé déraisonnable. La part du budget des ménages qui sert actuellement à la voiture, servira à financer les transports publics gratuits.
La disparition de l'aviation et de l'industrie automobile, contribuera d'une manière prédominante à la réduction du réchauffement planétaire. Ce sera le prix à payer pour un monde vivable.
Afin de réduire les déplacements, les villes cesseront de s'étendre et on aura largement recours au télétravail à domicile et aux communications par internet. Sur les continents, les gros transports se feront par voie fluviale. Le réseau routier actuel servira au transport des marchandises entre villes voisines, par la force motrice animale, avec du matériel roulant de haute technicité. Ce matériel ultra léger, avec un roulement et suspension parfaits, sera complété par le
« ferrage » des sabots avec des matériaux souples à base de fibre de carbone, assurant à l'animal un confort et à la traction, une efficacité surprenante. Le cheptel pour la traction sera nécessaire à la fertilisation des terres agricoles et contribuera aussi à la production de viande. De toute manière, le flux de marchandises sera réduit et deviendra local, car chaque terroir sera autosuffisant au point de vue alimentaire. Afin de réduire encore d'avantage les dépenses énergétiques pour les transports, il y aura une décentralisation de nombreuses productions industrielles.
Les vacances seront très actives : des longues randonnées à pied, à vélo, à cheval ou en charrette à cheval. Ces charrettes, ultra légères et confortables, bénéficieront de tous les perfectionnements techniques acquis par l'industrie automobile. On passera aussi ses vacances en kayak, en canoës ou en bateau sur les rivières. Les plus riches iront en croisière avec des voiliers de mer. Un autre type de vacances, très prisées, auront lieu à la ferme, sous forme d'aide ludique aux travaux des champs et auprès des animaux. La haute valeur que l'alimentation va acquérir motivera le passage
à la ferme pour se permettre enfin des extras alimentaires.
Chaque habitation sera bioclimatique avec un chauffage solaire passif. En plus du solaire, le chauffage des bâtiments sera assuré par échange calorifique avec un système de compostage décentralisé et généralisé. La quantité énorme de compost produit servira à maintenir le niveau élevée de la production de la biomasse et celle de la production agricole, sans engrais de synthèse (d'où encore une réduction de la pollution et d'émissions des gaz à effet de serre).
Après la mise en place de l'agriculture durable, il faudra attendre encore un siècle pour résorber la pollution des nappes phréatiques. En attendant, dans les villes, on distribuera de l'eau de qualité inoffensive, mais non potable. L'eau alimentaire sera produite dans chaque ménage à partir de l'eau de pluie, par microfiltration.
Dans les nouveaux quartiers urbains, il y aura une toilette à litière dans chaque appartement. Cette toilette ressemblera à celles des trains et des avions, avec un plateau basculant sur lequel, avant chaque usage, on placera la litière, sous forme d'un coussin circulaire fait en papier de toilette, contenant de la cellulose provenant des déchets de papiers. Après usage, on tire la chasse. Le plateau bascule et la litière avec les selles tombe à travers un large tube vertical (sous pression réduite) dans un conteneur standardisé
placé en sous-sol, garni de broyat d'élagage des espaces verts ou d'autres matériaux végétaux. La cuvette est rincée avec 1 ou 2 décilitres d'eau sous haute pression. L'évacuation des déchets de cuisine aboutira aussi dans le même conteneur. Ce conteneur sera périodiquement enlevé par les services communaux (municipaux) et remplacé par un nouveau. Les déchets organiques ainsi récupérés seront acheminés vers un centre de compostage qui absorbera aussi les déchets de l'industrie locale agro-alimentaire et une partie des déchets forestiers.
La solution alternative consiste à utiliser des toilettes avec chasse à haute pression, délivrant très peu d'eau et munies de broyeurs. Les effluents liquéfiés et concentrés seront collectés dans un réseau de tubes sous pression et conduits vers un centre de compostage. Ils serviront à imprégner un broyat de végétaux, avant leur compostage conjoint avec la partie fermentescible des ordures ménagères, collectées d'une manière sélective.
Les eaux grises (savonneuses) produites par les habitants de ces buildings seront collectées dans des cuves en béton enterrées, d'une capacité d'environ 500 litres par personne. Le trop-plein transitera par une tranchée végétale filtrante -
très décorative et fleurie en été - d'une superficie de moins d'un demi mètre carré par personne, pour être déversé dans un étang décoratif d'environ 1 mètre carré par personne. L'eau de cet étang sera limpide et de qualité potable. On y installera des plantes aquatiques pour la décoration et même des fontaines actionnées et éclairées par électricité
photovoltaïque. Un building avec 250 habitants aura donc, pour épurer ses eaux, un étang décoratif de 16 x 16 mètres. Les égouts (non étanches) ne serviront que pour l'évacuation des eaux de la voirie.
Près de ces nouvelles villes, les rivières seront complètement
épargnées de la pollution urbaine. En l'absence d'industries polluantes, les rivières auront rapidement la pureté des ruisseaux des hautes montagnes. On y pêchera les meilleurs poissons.
L'agriculture durable se fera sur des surfaces agricoles réduites, mais à très haut rendement. Les techniques agricoles seront adaptées aux possibilités et aux particularités de chaque terroir. Sur les grandes pleines, les parcelles de quelques hectares enclavées dans des forêts jardinées (1 ha de terre agricole pour 5 ha de bois) seront fertilisées avec le compost de broussaille (suivant la technique de Jean Pain) provenant de la forêt, après valorisation
énergétique pour le chauffage des maisons et des serres. Ce type d'agriculture se passe d'irrigation même dans les régions les plus sèches. Afin de dégager plus d'espace aux céréales, et aux plantes fourragères, la production fruitière se fera, sans irrigation, sur les coteaux brûlés par le soleil (zones actuellement incultes et improductives), avec la technique de Paul Moray. Ces mêmes techniques seront largement utilisées de par le monde pour transformer les déserts en contrés verdoyants. Il en résultera un changement climatique qui résorbera l'excès actuel du gaz
à effet de serre.
Les forêts seront omniprésentes, avec une production de compost de broussaille, mais aussi du gibier, du miel, des fruits et des plantes médicinales. Les zones forestières les plus sensibles seront réservées à la faune et à la flore sauvages
à préservation de la biodiversité.
Les inondations deviendront plus rares et moins graves ; les périodes des grandes sécheresses aussi. Dans les vallées des rivières, on aménagera cependant des espaces boisés inondables, avec des plans d'eau réservés aux oiseaux migrateurs.
La production de bois des grandes étendues forestières servira à l'industrie. Le bois remplacera, dans de nombreuses applications, les matériaux plastiques, surtout dans les constructions. Une petite partie des déchets de l'industrie du bois pourrait, sans doute, être prélevée pour la valorisation énergétique par combustion. Notamment pour les applications
à haute température. Jamais pour le chauffage. Le biogaz pourrait également être produit, d'une manière parcimonieuse, uniquement pour faire tourner certaines machines agricoles.
L'agriculture décrite ci-dessus ne demande pas de machines puissantes. Il n'y a même pas de labour. La terre sous une couche de 8 cm de compost de broussaille, reste meuble et extrêmement fertile.
L'essentiel de l'électricité sera produite par les éoliennes, dont certaines seront seulement des éoliennes de pompage pour stocker l'eau dans un bassin de rétention qui actionnera des turbines lorsqu'il n'y a pas de vent. Dans les pays ensoleillés, il y aura des centrales photovoltaïques pour produire de l'énergie
électrique et même de l'hydrogène qui sera stockée sous forme dissous ou adsorbé dans un matériau poreux. Cet hydrogène servira pour les applications particulières, notamment dans l'industrie chimique.
Vous avez dit « utopie » ? L'utopie, c'est la réalité de demain. A part le stockage de l'hydrogène, toutes les techniques citées plus haut, sont dès à présent disponibles et bien au point. Le seul aspect utopique de cette description est de croire dans des décisions politiques allant dans le sens du développement durable.